MONSIEUR NOUNOURS CHERCHE DES AMIS

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Je m’appelle « Monsieur Nounours ». Je suis né dans le Guangdong, une province chinoise. Ce sont les mains habiles de jeunes ouvrières qui m’ont donné vie. Je les appelle « mes jeunes mamans ». Elles viennent de campagnes lointaines et s’activent nuit et jour, devant leurs machines, pour nous fabriquer, nous, les peluches et les jouets.

Pour que j’existe, elles ont travaillé jusqu’à 15 heures par jour ! En échange, le patron de l’usine leur donne de l’argent, qui leur sert à payer la cantine et le dortoir. Le reste, elles l’envoient à leurs familles, qui comptent sur elles à l’autre bout du pays. Ces jeunes ouvrières vivent toutes dans le même dortoir à côté de l’usine. Un dortoir avec des dizaines de lits superposés.

Un jour, il y a eu une dernière couture, et voilà, j’étais terminé ! Je suis monté dans un gros avion cargo, direction l’Europe, et plus précisément la France, le pays des droits de l’Homme ! Je n’étais pas seul : tous mes frères et sœurs nounours étaient là. Nous étions des milliers dans la soute.


Arrivés en France, nous avons été dispersés. Noël approchait. Je me suis retrouvé dans la vitrine d’un magasin de jouets. J’étais assis à côté de plusieurs autres nounours que je n’avais jamais vus. Beaucoup d’entre eux m’ont dit qu’ils venaient aussi de Chine, et de la même région que moi. Comme quoi, le monde des nounours est petit…

De l’autre côté de la vitre, j’ai vu un petit garçon me montrer du doigt en tirant sur la veste de sa mère. De toute évidence, je lui avais tapé dans l’œil. Soudain, j’ai senti une main qui m’attrapait et m’examinait pour voir si j’étais doux et en bon état. Et comme j’étais doux et en bon état, la maman du garçon m’a acheté. Elle s’est décidée comme ça, sans jeter un coup d’œil à mon étiquette pour savoir d’où je venais. Elle a sorti plusieurs billets. J’ai compris qu’ici en France, je valais très cher, par rapport à ce que gagnent mes créatrices là-bas. Peut-être que cet argent est pour elles, qu’on va le leur envoyer…

Le petit garçon m’a adopté et nous sommes devenus les meilleures amis du monde. Un jour, je lui ai montré mon étiquette, et je lui ai parlé de mes jeunes mamans. Il a eu l’air surpris et en a parlé à ses parents, qui eux aussi ont été surpris. Ils ont décidé d’aller demander au vendeur du magasin de jouets ce qu’il en pensait. Mais le vendeur n’a pas su quoi répondre. Lui aussi était surpris. Décidément, je pouvais en surprendre des gens avec mon histoire. Je me suis rendu compte que si tous ces gens connaissaient la vraie vie des jeunes filles qui nous cousent, peut-être qu’ils voudraient que ça change.

Aujourd’hui, tout va bien pour moi. Mais je n’ai pas oublié d’où je viens. Je n’ai pas oublié mes jeunes mamans, celles qu’on ne voit pas quand on achète un nounours à Noël.

C’est pour ça qu’aujourd’hui je raconte mon histoire et que je cherche des amis. Car plus j’aurai d’amis, plus mon histoire sera connue et plus je serai utile à celles qui m’ont fabriqué.

Alors, vous voulez être mon ami ?

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1) Monsieur Nounours en conférence de presse

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