MOUVEMENT SOCIAL EN ASIE: APRES LE BANGLADESH, DES OUVRIERS CAMBODGIENS DU TEXTILE REVENDIQUENT UN SALAIRE VITAL


Au Bangladesh, en aout 2010, les défenseurs des droits des travailleurs ont rejeté l’augmentation jugée dérisoire du salaire minimum proposée par le gouvernement (Communiqué de presse de Peuples Solidaires  du 02/09/2010 « Bangladesh: augmentation dérisoire du salaire minimum). Un mois plus tard, au Cambodge, 68 000 ouvriers de l’industrie textile ont entamé une grève lundi 13 septembre 2010 pour obtenir une réévaluation de leur salaire à hauteur de 93 dollars[1]. Le 16 septembre 2010, ils étaient 200 000 à avoir rejoint la grève, soit deux tiers de la force de travail cambodgienne dans ce secteur. A l’annonce par le gouvernement, jeudi 16 septembre 2010, d’une journée de négociation prévue le 27 septembre prochain, la Confédération cambodgienne du travail (CLC) et la Confédération nationale du travail (CNC) ont annoncé une suspension temporaire de la grève. Mais à l’approche du 27 septembre, la répression des travailleurs grévistes s’intensifie et menace d’affaiblir les syndicats, créant ainsi un rapport de force inégal en vue des négociations.


Manifestation des ouvrières et ouvriers du textile au Cambodge

L’urgence d’un salaire vital pour les ouvriers cambodgiens du textile

En représentant 70 à 90 % des exportations du pays, l’industrie de l’habillement est un secteur privilégié de l’économie cambodgienne. La très grande majorité des vêtements fabriqués au Cambodge sont exportés vers les Etats-Unis ou l’Union Européenne. De janvier à juillet 2010, cette industrie a rapporté 1.63 milliards de dollars.

Les travailleurs cambodgiens du textile protestent contre la décision du gouvernement de fixer le nouveau salaire minimum à 68 dollars, un niveau qui ne tient pas compte des indicateurs de salaire vital. Au Cambodge, cela fait quatre ans que le salaire minimum dans ce secteur – dans lequel travaillent majoritairement des femmes – n’a pas bougé : 50 dollars par mois. La concurrence sans merci entre les fournisseurs des grandes marques internationales constitue en effet un important facteur de pression sur les conditions de travail en Asie.


La Clean Clothes Campaign[2] a contacté la plupart des marques internationales se fournissant au Bangladesh (GAP, H&M, Levi Strauss, Adidas, Nike, C&A, Puma, etc.) en leur demandant de veiller à l’application de leurs différents codes de conduite le long de leurs filières d’approvisionnement. Agir pour un salaire vital devient urgent. En août, des centaines d’ouvriers du textile, en situation de sous-nutrition, se sont évanouis sur leur lieu de travail[3].

Au-delà des négociations sur un salaire minimum, la CLC et la CNC souhaitent négocier une revalorisation sectorielle des salaires avec les représentants de l’industrie textile au Bangladesh. De telles négociations au niveau sectoriel constitueraient une première dans le pays et marqueraient un tournant historique. Jusqu’à maintenant les syndicats n’étaient autorisés à négocier les salaires uniquement quand le gouvernement décidait de réévaluer le salaire minimum. Cette restriction explique les tensions politiques et sociales très fortes qu’est du coup susceptible d’entraîner  toute nouvelle revalorisation. C’est notamment ce qui s’est passé au Bangladesh en août 2010.


Syndicalistes et travailleurs grévistes, victimes d’une violente répression

Peuples Solidaires dénonce les mesures d’intimidation et les menaces de poursuites et d’emprisonnement, dont ont été victimes les syndicalistes pendant la préparation de la grève de cette semaine. Comme l’exige la loi cambodgienne du travail, les syndicats ont déposé un préavis de grève une semaine avant qu’elle ne débute le 13 septembre 2010. Malgré la légalité de la procédure, Le gouvernement s’en est pris à la coalition des syndicats démocratiques des travailleurs de l’habillement du Cambodge (CCAWDU) et la Fédération nationale indépendante des syndicats du textile du Cambodge (NIFTUC), qui comptent 75 000 membres.

La répression s’est intensifiée pendant la grève. Du lundi 13 au jeudi 16 décembre, 10 responsables et militants syndicaux ont été arrêtés par les forces de l’ordre, répondant cette fois aux ordres des directions des différentes usines impliquées, représentés par l’Association des industriels du textile au Cambodge (GMAC). Parmi les syndicalistes arrêtés, M. Art Thorn, président de la Confédération cambodgienne du travail (CLC), est accusé de « menacer et manipuler les travailleurs » les forçant ainsi à participer à une grève « illégale »[4].

Peuples Solidaires déplore également les violents incidents qui ont eu lieu pendant la grève et notamment le passage à tabac d’une femme de 28 ans par un groupe de militaires et de policiers ainsi que l’arrestation musclée d’une autre ouvrière de 29 ans[5].


Liberté syndicale chez les fournisseurs et responsabilité sociale des acheteurs

Les travailleurs cambodgiens revendiquent un salaire vital

A l’annonce par le gouvernement d’une journée de négociation prévue le 27 septembre, les syndicats cambodgiens ont annoncé le jeudi 16 septembre 2010,  une suspension temporaire de la grève initiée quatre jours plus tôt. Le vendredi 17 septembre 2010 tous les travailleurs grévistes étaient de retour au travail. Mais alors que la grève est suspendue, la répression, elle, continue. En effet, 200 syndicalistes représentants une dizaine d’usines ont reçu, des cours de justice de  Phnom Penh, Kandal et Kampong Speu, l’obligation de suspendre leur activité professionnelle le temps qu’une enquête établisse leur responsabilité dans l’organisation de la grève[6].

Les organisations de la Clean Clothes Campaign (représentées en France par le Collectif Ethique sur l’étiquette, dont Peuples Solidaires est membre) ont alors de nouveau contacté les marques internationales se fournissant au Cambodge afin qu’elles s’assurent que les 200 syndicalistes abusivement licenciés soient immédiatement réintégrés dans leurs usines. Il leur est également demandé d’intervenir auprès de leurs fournisseurs afin que cessent les actes de violences à l’encontre des responsables syndicaux et des défenseurs des droits des travailleurs, que soient abandonnées les poursuites visant les organisateurs de la grève et que les syndicalistes n’aient plus à craindre les représailles d’une justice ne respectant pas le droit du travail.


M. Art Thorn rappelle que « le droit de grève et de négociation collective est reconnu par la loi cambodgienne ainsi que par les conventions internationales des droits de l’Homme » et  demande au gouvernement, aux employeurs et aux entreprises internationales se fournissant au Cambodge de « respecter ces droits et de garantir un salaire vital aux travailleurs cambodgiens ».


Peuples Solidaires soutient les demandes de la Clean Clothes Campaign et du Collectif Ethique sur l’étiquette, et rappelle que pour parvenir à un accord lors des négociations prévues le 27 septembre 2010, il est indispensable que s’instaure un dialogue transparent et de bonne foi entre les différentes parties au conflit.





[1] Il est courant au Cambodge de se référer au dollar. Un dollar équivaut à 4200 riels.

[2] La Clean Clothes Campaign est une alliance d’organisations (syndicats, ONG, association de consommateurs etc.) présente dans 13 pays européens. Elle vise à améliorer les conditions de travail des ouvriers de l’industrie textile et des articles de sport et à soutenir leur mobilisation.

[3] Phnom Penh Post “Factory Closes Down After Mass Fainting,” 16/08/2010; Phnom Penh Post “Fainting Hits Another Factory,” 23/08/2010.

[4] CCC Update, “Coalition of Cambodian Apparel Workers Democratic Union”, 20/09/2010

[5] American Center for International Labor Solidarity (ACILS), Cambodian Center for Human Rights (CCHR), Cambodian Center for Independent Media (CCIM), Cambodian Human Rights Action Committee (CHRAC), Community Legal Education Center (CLEC), Housing Rights Task Force (HRTF) and Cambodian League for the Promotion and Defense of Human Rights (LICADHO), “Joint Media Statement: Intimidation and Legal Threats Against Union Workers and Leaders Must Cease”, 20/09/2010

[6] Ibidem