Nouvelles de l’Appel Urgent n°334 : H&M réagit, Provera reste évasive… et les victimes attendent d’être indemnisées

22/06/2010 – Nouvelles de l’Appel Urgent n°334 : « Bangladesh : Nouvel incendie meurtrier »

Près de quatre mois après le tragique incident qui a coûté la vie à 21 travailleurs et en a blessé sérieusement six autres, aucune indemnisation satisfaisante n’a encore été octroyée aux familles concernées. La multinationale suédoise H&M – l’un des principaux clients de l’usine – a pourtant immédiatement réagi au lendemain de la tragédie et promis une aide aux familles des défunts. Provera, qui se fournissait également auprès de Garib & Garib, a également promis d’apporter une aide aux familles des victimes, mais n’a plus donné de nouvelles depuis…
Des syndicats et organisations de défense des travailleurs au Bangladesh damandent aux acheteurs internationaux à augmenter les indemnités payées aux familles des travailleurs décédés dans l’incendie de l’usine Garib & Garib en février dernier.


Trois incendies en un an chez Garib & Garib

Le 18 mars dernier, Peuples Solidaires et le collectif Ethique sur l’étiquette lançaient un Appel Urgent suite à l’incendie qui avait ravagé l’usine Garib & Garib le 25 février.

Nos recherches ont montré qu’il ne s’agissait ni du premier, ni du dernier incendie dans cette usine cette année… Le 22 aout 2009, un travailleur et un pompier perdaient la vie dans l’incendie du deuxième étage. Et après l’incendie dramatique de février, un autre feu s’est déclaré le 13 avril. Cette fois, le feu a démarré au troisième étage et s’est rapidement propagé aux deuxième et quatrième étages du bâtiment. Heureusement, la plupart des travailleurs, qui avaient repris le travail depuis le 1er avril, étaient  sortis pour déjeuner. Dix travailleurs et pompiers ont cependant été blessés.


H&M, le principal client, réagit … mais de manière insatisfaisante

Suite à l’incendie, H&M a immédiatement réagi, et a répondu à l’ensemble des participants à notre Appel Urgent les informant qu’elle avait :

- décidé d’allouer environ 105 000 euros à la mise en place de mesures préventives anti-incendie et de sécurité dans les usines de confection au Bangladesh ;

- mandaté l’ONG Save The Children Suède-Danemark pour évaluer les besoins des familles affectées par cet indendie ;

- invité l’ensemble de ses fournisseurs bangladais leur demandant d’effectuer des contrôles de sécurité supplémentaires.


Peuples Solidaires et le Collectif Ethique sur l’étiquette se réjouissent de l’implication de H&M – l’acheteur principal de l’usine – au lendemain de l’incendie.

Cependant, nous regrettons qu’au cours de l’évaluation des besoins des victimes réalisée pour H&M, les syndicats et représentants des travailleurs sur place n’aient pas été convenablement entendus, et qu’ils n’aient pas eu la possibilité de faire valoir leur point de vue sur le modèle d’indemnisation qu’ils souhaitaient pour les victimes.

La proposition d’aide financière faite par H&M, sur la base des résultats de cette évaluation, fait dès lors l’objet de nombreuses critiques de la part des syndicats et organisations de travailleurs :

- H&M a unilatéralement décidé de se concentrer uniquement sur les besoins des enfants et des parents les plus âgés, mettant ainsi de côté des familles qui dépendaient de revenus déjà extrêmement faibles ;

- La proposition d’H&M ne prévoit pas de prise en compte de la perte des revenus futurs des travailleurs décédés.  L’indemnisation des familles devrait en effet comprendre une compensation calculée sur la base du salaire le plus récent du travailleur décédé, et jusqu’à l’âge de la retraite ;

- La proposition d’H&M remet en cause le modèle d’indemnisation qui avait été développé dans lors de l’effondrement de l’usine Spectrum en 2005. Dans cette affaire, les entreprises clientes impliquées avaient accepté de verser des pensions aux familles des victimes jusqu’à leur mort. Plus récemment, une indemnisation du même type a été versée à la famille d’un travailleur décédé au cours de l’incendie de l’usine Matrix Sweater. Cette usine fournissait notamment Inditex, Gap et HBC, et l’indemnisation versée tenait bien compte de la perte de revenus futurs du travailleur décédé.


Provera doit tenir sa promesse

Après avoir été interpellée par Peuples Solidaires et le Collectif Ethique sur l’étiquette, la société française Provera (centrale d’achats pour les magasins Cora et March) a répondu avoir « décidé d’apporter une aide aux familles des victimes de ce sinistre ». Cependant, aucune information sur la manière dont cette aide aurait pu être fournie aux victimes ne nous a depuis été communiquée…


Les autres entreprises clientes de Garib & Garib

Parmi les autres sociétés ayant confirmé s’être fournies auprès de Garib &Garib en 2009 et en 2010, figurent la société italienne Teddy (marque Terranova), l’entreprise turque Taha Group (marque LC Waikiki), la compagnie espagnole El Corte Ingles et l’entreprise canadienne Maks Work Wearhouse. L’entreprise américaine Ulla Popken aurait également passé commande récemment auprès de Garib & Garib.
La Clean Clothes Campaign (Europe) le Maquila Solidarity Network (Canada) et l’International Labour Rights Forum (USA) ont contacté ces acheteurs au lendemain de l’incendie. Teddy et Taha Group ont annoncé leur volonté de contribuer à l’indemnisation des victimes. Cependant, aucune proposition concrète n’a été faite depuis. El Corte Ingles a annoncé vouloir participer à une réunion visant à discuter de l’indemnisation à apporter aux victimes. Il a cependant conditionné sa participation à celle des autres entreprises clientes de Garib & Garib.


Les entreprises clients appelées à se réunir au Bangladesh pour décider d’un modèle d’indemnisation collectivement

Récemment, la Fédération internationale des travailleurs du textile, de l’habillement et du cuir (FITTHC) a invité H&M et d’autres entreprises clientes de l’usine Garib & Garib à participer à une réunion le 21 juillet prochain, à Dhaka, pour parler de l’affaire Garib & Garib.

H&M a d’ores et déjà indiqué qu’elle participerait à cette réunion.

Cette réunion aura pour objectif de faire le point sur l’indemnisation au Bangladesh ; examiner les besoins de celles et ceux qui ont été touchés par les incendies de Garib & Garib ; déterminer quelles indemnisations ont déjà été versées et quelles indemnisations doivent encore l’être ; déterminer quelles améliorations sont attendues dans l’usine et tirer les leçons de ces accidents à Garib & Garib.


Agir pour des usines plus sûres au Bangladesh

Les usines de confection du Bangladesh sont connues pour leur manque de sécurité. Pourtant, leurs propriétaires, le gouvernement du Bangladesh et les entreprises clientes n’ont jusqu’ici pas pris de mesures suffisantes pour garantir aux travailleurs leur droit fondamental à travailler dan un environnement sûr.

Afin d’empêcher d’autres catastrophes dans l’industrie de l’habillement au Bangladesh – notoire pour son insécurité – Peuples Solidaires et le Collectif Ethique sur l’étiquette  (ainsi que leurs partenaires internationaux : la Clean Clothes Campaign, le Maquila Solidarity Network et l’International Labour rights Forum) ont appelé l’ensemble des entreprises se fournissant en habillement au Bangladesh à prendre des mesures proactives, durables et coordonnées pour mettre un terme à ces problèmes structurels.

En lien avec les syndicats bangladais et les Workers Rights Consoritum (Etats-Unis), et sur la base de propositions formulées par la FITTHC, nous avons compilé une liste de mesures que les entreprises se fournissant en habillement au Bangladesh devraient prendre au sein de leur chaîne d’approvisionnement, pour prévenir de nouvelles tragédies. Nous demandons également à ces entreprises de faire collectivement pression sur le gouvernement bangladais et l’Association des  producteurs et exportateurs d’habillement du Bangladesh (BGMEA), pour qu’il prennent des mesures spécifiques pour régler les problèmes de sécurité qui entachent le secteur de l’habillement au Bangladesh.

La plupart des entreprises sollicitées ont répondu à cet appel, et sont actuellement en discussion avec nos organisations pour mettre en œuvre une approche collective et s’assurer que des progrès sont réalisés.


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