Les conditions de travail s’améliorent chez Tianyu Toys… mais beaucoup reste à faire

Dortoirs de Tianyu Toys


Trois and après les premières dénonciations, une nouvelle enquête menée par nos partenaires chinois en août montre que de progrès ont été faits en matière de respect des droits fondamentaux chez Tianyu Toys, mais que les violations des droits des travailleurs y sont encore monnaie courante.

En octobre 2007 déjà, nous dénoncions – enquête de nos partenaires chinois à l’appui – les mauvaises conditions de travail chez Tianyu Toys, une usine sous-traitante de Disney en Chine, qui fabrique notamment des peluches à l’effigie du fameux « Winnie l’ourson ». Horaires de travail excessifs, salaires de misère, conditions de travail dangereuses, tricheries pendant les inspections d’usine… le traitement réservé aux petites mains de la magie Disney était tout simplement révoltant.
Presque trois ans plus tard, et après plusieurs campagnes de pression sur Disney, mais aussi sur la Fédération internationale des industries du jouet, une nouvelle enquête menée par nos partenaires chinois de la SACOM (Association d’étudiants et d’universitaires chinois contre la mauvaise conduite des entreprises) montre que les conditions de travail et de vie des 3000 ouvriers de l’usine se sont nettement améliorées.

Des actions correctives qui ont porté leurs fruits, mais qui doivent être maintenues et renforcées

Grâce à l’intervention de Disney, l’une des entreprises clientes de Tianyu Toys, et, plus certainement encore de la Fédération internationale des industries du jouet (ICTI), Tianyu Toys a été contraint de mettre fin à un certain nombre de violations flagrantes des lois chinoises en matière de droits des travailleurs.

« Lors de notre première enquête, en 2007, nous avions constaté que les ouvriers de Tianyu travaillaient jusqu’à 15 heures par jour ! Pendant les périodes les plus chargées, lorsque les commandes affluaient, ils n’étaient même pas autorisés à prendre de jours de repos » explique Debby Chan, représentante de l’Association d’étudiants et d’universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises (SACOM).

Les entretiens menés par la SACOM auprès d’une vingtaine d’ouvriers de l’usine révèlent que les heures supplémentaires ont nettement diminué. En moyenne, les ouvriers de Tianyu Toys travaillent maintenant 8 à 11 heures par jour et ont au moins un jour de repos par semaine. Cependant, les heures supplémentaires restent encore en moyenne deux à trois fois supérieures à la limite légale chinoise.

Tianyu Toys a également fait des progrès en matière de salaires. Alors qu’en 2007, certains ouvriers disaient gagner moins de 58 € par mois (500 yuans), le salaire mensuel minimum est aujourd’hui de 106 €, et avec les heures supplémentaires, les ouvriers arrivent en moyenne à gagner entre 170 et 230 € par mois. Ca n’est toujours pas suffisant pour assurer un niveau de vie digne, mais c’est un progrès que les ouvriers accueillent avec satisfaction.

Autre progrès important : les ouvriers de Tianyu qui ne recevaient jusqu’alors ni contrat de travail, ni fiches de paie, se voient aujourd’hui remettre systématiquement ces documents. Et les congés maladie sont désormais autorisés… bien que toujours pas payés !

De graves violations subsistent

Un certain nombre de mesures prises par Tianyu en réaction aux dénonciations et sous la pression de Disney et de l’ICTI n’ont quant à elles pas eu l’effet escompté.
Un comité de travailleurs a par exemple été formé en 2010, sur les conseils de la SACOM, mais n’a jamais fonctionné convenablement. Les ouvriers interrogés par la SACOM disent en effet ne pas avoir confiance en ce comité, qui n’a pas pris le temps d’expliquer son rôle aux travailleurs.

Pire encore, les amendes punitives : bien qu’elles aient été supprimées par la direction de l’usine, des mesures bien plus dures et répressives ont été prises à la place. Des ouvriers auraient même été licenciés pour avoir commis une simple faute.

Enfin, les tricheries pendant les inspections n’ont pas cessé. D’après les résultats de l’enquête menée par la SACOM, les travailleurs qui répondent « correctement » aux questions des auditeurs se voient toujours récompensés d’une prime de 23 euros (200 yuans).

L’ICTI et Disney doivent s’assurer que Tianyu respecte les droits de ses travailleurs

Pour cela, il est nécessaire que l’ICTI :

- se montre plus transparente, en publiant l’ensemble des rapports d’audits qu’elle réalise sur son site internet ;

- rende publics les plans d’actions correctives qu’elle préconise pour chacune des usines qu’elle certifie ;

- fournisse aux ouvriers chinois des recours contre la violation de leurs droits, afin de dissuader les usines chinoises de continuer à violer les droits de leurs ouvriers ;

- encourage les travailleurs chinois à utiliser la ligne d’assistance mise en place par l’ICTI pour faire part des violations dont ils sont victimes

- distribue le Code de conduite de l’ICTI en chinois à tous les ouvriers de ces usines.


Disney, et les autres entreprises clientes de Tianyu toys doivent quant à elles :

- réformer leur système d’approvisionnement en augmentant les prix à la commande et en allongeant les délais de livraison, afin de permettre aux fabricants chinois de respecter les lois chinoises et les codes de conduites de ces entreprises ;

- distribuer à l’ensemble des ouvriers de ces usines, une copie de leur code de conduite en chinois ;

- mettre en place une ligne d’assistance pour que les travailleurs puissent faire part des violations dont ils sont victimes ;

- faciliter la mise en place d’un système de représentation des travailleurs.