Public Eye Award : Foxconn, le prix des suicides


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Filets de protection installés par Foxconn sur ses usines chinoises.

Le 10 janvier 2010, Peuples Solidaires a diffusé un communiqué de presse décrivant les raisons pour lesquelles l’entreprise chinoise Foxconn, géant mondial de  l’assemblage électronique et fournisseur de des plus grandes marques du secteur (Apple, Sony, HP, Dell, Nintendo, Nokia, Motorola, Microsoft etc.…), est nominée aux Public Eye Awards, dont l’édition 2010 est désormais ouverte.

Des prix de la honte pour condamner les atteintes aux droits humains

Organisée par la Déclaration de Berne et Greenpeace Suisse, cette contre-manifestation critique au Forum économique mondial a lieu chaque année à  Davos et dénonce les dérives d’une globalisation orientée vers les seuls intérêts des multinationales. Ce «prix de la honte» permet de mettre en lumière les comportements irresponsables de ces entreprises au niveau international.

Le 10 novembre 2010, la Somdiaa, géant de l’agroalimentaire français responsable de la dégradation des conditions de vie et de travail des populations camerounaises de la Haute-Sanaga (Appel Urgent n°341 – Cameroun : Somdiaa sucre les droits), recevait le Prix Pinocchio du développement durable 2010 dans la catégorie Droits humains.  Les Public Eye Awards offrent une nouvelle occasion aux citoyens du monde entier de sanctionner les entreprises qui se sont distinguées par leurs agissements irresponsables dans les domaines des droits de l’Homme et de l’environnement.

Des conditions de travail inhumaines qui poussent au suicide

Peuples Solidaires et son partenaire chinois la SACOM rappellent que la nomination de Foxconn au Public Eye Awards est justifiée par les nombreuses violations des droits des travailleurs-euses en cours dans ses usines chinoises. Le management quasi-militaire de Foxconn aurait poussé au suicide 18 de ses salarié-e-s. Dans son dernier rapport, Workers as Machines: Military management in Foxconn[1] , la SACOM décrit les conditions de vie et de travail de ces ouvriers qui choisissent de mettre fin à leurs jours : salaires inférieurs au minimum légal, heures supplémentaires non payées ou payées en dessous du taux légal, carence dans les équipements de protection, condition de vie inhumaines et insalubres, cadences effrénées…

« Dans la plupart des cas les suicides concernent de jeunes travailleurs-euses migrant-e-s dont le départ a été motivé par l’espoir suscité par les possibilités d’embauche offertes dans les villes », explique Debby Chan de la SACOM. Le professeur Jack Qiu de l’Université chinoise de Hong Kong, consultant auprès de la SACOM, a réalisé un documentaire de 20 minutes, deconstructing Foxconn[2], rapportant des témoignages d’ouvrières et d’ouvriers victimes de pressions physiques et morales liées à leur environnement de travail. Le 17 mars 2010, Tian Yu, jeune ouvrière de 17 ans, a sauté du 4ème étage du dortoir l’usine de Shenzen. Après 12 jours de coma, elle survit mais la moitié de son corps restera paralysée. Le 30 septembre 2010, confrontée depuis plusieurs mois à la pression publique, la direction de l’usine a finalement accepté de lui verser des indemnités.  Tian Yu est aujourd’hui rentrée dans son village. Son histoire révèle la situation d’extrême vulnérabilité légale et sociale de ces travailleurs-euses qui  subissent de plein fouet les pressions exercées par Foxconn.

La responsabilité des multinationales de l’électronique est engagée

En réaction aux tragiques évènements survenus sur ses différents sites, la direction de Foxconn avait annoncé le 7 juin 2010 une augmentation des salaires de 900 CNY (106 euros) à 1200 CNY (142 euros), effective à compter du 1er octobre 2010. Cependant, en anticipant une décision qui devait de toute façon intervenir au niveau de la province du Guangdong, cette augmentation est finalement dérisoire[3].

Le made in china a encore de beaux jours devant lui. Le dernier cas de suicide recensé chez Foxconn date du 5 novembre 2010 et concerne un jeune ouvrier de 22 ans à qui on venait d’apprendre que son salaire ne serait pas augmenté pour le mois d’octobre.

Si Foxconn est effectivement responsable des suicides de ses salariés, il incombe aux marques clientes du groupe, telles que Apple, HP ou Nokia, de garantir des conditions de travail décentes tout au long de leur chaîne d’approvisionnement. L’élection de Foxconn au Public Eye Awards 2010 permettrait donc également de mettre en exergue la responsabilité des multinationales du secteur qui imposent à leurs fournisseurs des contraintes supportées en premier lieu par les ouvriers en bout de chaîne.


[1] SACOM,  Workers as Machines: Military management in Foxconn, 12 octobre 2010 – http://sacom.hk/archives/740

[2] http://www.vimeo.com/17558439

[3] Foxconn ne paiera finalement ces ouvriers que 9% de plus que ce qu’exige la loi Jenny Chan, “Dying Young: Suicide & China’s Booming Economy”, 25 mai 2010: http://chinastudygroup.net/2010/05/dying-young-suicide/