

Réaction à la réponse de SOMDIAA au Comité de Développement de la Région de Ndo et à l’appel d’urgence de »Peuples Solidaires » - Publiée le 10 novembre 2010.
Réponse publique du CODEN, de Peuples Solidaires et des Amis de la Terre à la réaction de la Somdiaa à l’Appel Urgent« Cameroun : Somdiaa sucre les droits » et au Prix Pinocchio du développement durable remis à cette entreprise dans la catégorie droits humains - Publiée le 2 décembre 2010
La SOMDIAA et sa filiale SOSUCAM souhaitent répondre aux injonctions de l’appel d’urgence du CODEN lancé début octobre, relayé par Peuples Solidaires le 10 octobre et qui fait du Groupe JL Vilgrain le lauréat du Prix Pinocchio 2010
| Concernant la sécurité alimentaire La SOSUCAM est une entreprise privée dont l’objet est la production agricole et industrielle de sucre à base de canne. Ainsi les extensions dont fait l’objet « l’appel d’urgence » ont été octroyées par le gouvernement camerounais à la SOSUCAM afin d’augmenter sa production de sucre, de satisfaire les besoins croissants des consommateurs nationaux et de participer ainsi à l’autosuffisance du marché camerounais en sucre. Le sucre camerounais aux mains des intérêts privés français Le CODEN, Peuples Solidaires et les Amis de la Terre ne doutent pas que l’octroi par le gouvernement camerounais de plus de 20 000 hectares de terres à la Sosucam vise, en théorie, à satisfaire la consommation nationale de sucre. Le rachat par la Sosucam de l’entreprise d’Etat de production et de transformation de la canne à Sucre, Camsuco, en 1998, a également été présenté comme servant l’intérêt des populations. Or, dans les faits, cet objectif est très loin d’être atteint. En rachetant son unique concurrent, la Sosucam s’est offert une situation de monopole qui lui permet tous les abus, à commencer par la vente de son sucre à des prix inaccessibles à la population.
Un kilogramme de sucre coûte aujourd’hui plus d’un euro. Or le sucre de canne constitue un aliment de base qui est notamment utilisé dans la fabrication artisanale de produits (cacahouètes au sucre, beignets, bouillie) dont la vente génère des revenus nécessaires à la subsistance de nombreuses femmes sans emplois. Les beignets à base de farine de blé et de sucre de canne ainsi que la bouillie sont notamment consommés matin et soir dans chaque famille, constituant parfois leur unique repas.
La dégradation de l’environnement liée aux activités de la Sosucam diminue drastiquement les rendements des cultures paysannes implantées à proximité des plantations de cannes à sucre. En dépit de sa certification environnementale, la Sosucam ne possède aucune station d’épuration qui permettrait d’éviter que les eaux souillées en provenance des usines ne soient dirigées vers les rivières. Or ces rivières, déjà polluées par l’épandage par avion des produits phytosanitaires dans les plantations, alimentent les villages en eau et en poissons.
La production de sucre de la SOSUCAM a une vocation strictement régionale et l’exploitation des terres qui en découlent ne peut être comparée à un accaparement des terres à des fins de production de produits d’exportation, comme c’est le cas d’autres industries. Les extensions ont bien entendu fait l’objet de travaux de défrichage et de mise en culture mais la SOSUCAM a traité en priorité les terres sur lesquelles aucunes cultures vivrières n’étaient présentes et si tel était le cas, a laissé aux villageois la liberté de pouvoir terminer leur campagne en cours. Ces transactions de vastes surfaces de terres arables ayant été faites en 1965 puis en 2006 sans l’aval des communautés locales, il s’agit bien d’accaparement de terres. Le CODEN souhaite rappeler à cette occasion que le cahier des charges où ont été enregistrés en 1965 les avantages et les indemnités demandés par les populations demeure, à ce jour, officiellement introuvable. Aucune espèce de compensation n’a donc été attribuée aux populations suite au premier transfert de 10 058 hectares de terres. Depuis 1965, des milliers de personnes sont privées de l’accès à leurs terres les plus fertiles, réquisitionnées pendant 99 ans pour la production de cannes à sucre à grande échelle au dépend de leurs cultures vivrières.
De plus, la convention signée entre la Sosucam et le groupe brassicole français Castel prouve qu’une partie de la production de la Sosucam est exportée vers l’Europe. C’est donc bien la demande de ces partenaires extérieurs et non « les besoins croissants des consommateurs nationaux » que la Sosucam s’efforce de satisfaire.
Les superficies d’extension portent sur 11 000 hectares et font l’objet d’un bail emphytéotique signé entre l’Etat et la SOSUCAM et dont les conditions stipulent, entre autre : Un rapport indépendant estimait à 6 000 le nombre de personnes concernées par la redevance annuelle de plus de 77 millions sur l’ensemble des villages de Simbane, Biboto, Messana, Ebometende, Ndo, Mvan, Ouassa et Elap (en plus de ceux du villes de N’Koteng, M’Bandjock et Lembe Yezoum). Plus particulièrement concernant la commune de Ndo, et contrairement à ce qui est annoncé dans « l’Appel d’urgence » cette même étude estimait que sa population s’élevait à 500 habitants. D’une part, le CODEN soutient que les indemnités dues aux populations ne leur ont pas été intégralement versées. D’autre part, un paysan de NDO disposant de 4 hectares de cacao réalise un chiffre d’affaires de 5 000 000 F CFA par an (7634 €). Dès lors, que pèsent 2 066 240 FCFA (soit environ 3 155 €) d’indemnités annuelles versées à l’ensemble des collectivités en compensation des 11 000 nouveaux hectares de terres accaparées en 2006?
Le rapport indépendant dont parle la Sosucam est erroné : le dernier recensement national de la population de 2005, publié en janvier 2010, montre que le seul groupement de Ndo présente une population supérieure à cinq mille habitants.
La SOSUCAM, comme toute entreprise de cette taille, recrute ses collaborateurs en fonction d’une part de ses besoins et d’autres part de leur formation et de leur expérience et ce, en priorité sur le territoire camerounais mais aussi sur l’ensemble du continent africain et en Europe. Il convient aussi de souligner que les villes et villages voisins se sont naturellement développés et agrandis depuis l’installation de la SOSUCAM (et ex-Camsuco), rendant impossible l’embauche de la totalité de leurs habitants par l’entreprise. C’est Les jeunes de la localité riveraine à la sosucam Cependant, récemment, 75 personnes du village de Ndo et Biboto ont été recrutées pour la campagne 2010/2011 qui a démarré le 1er novembre SOSUCAM affirme qu’elle a recruté 75 personnes pour la campagne 2010/2011. Sur 7000 employés, 1,07% des effectifs auraient donc été recrutés cette année, parmi les villageois, pour participer à la campagne 2010/1011…
Au-delà des effectifs, c’est ici la qualité de l’emploi qui est proposé aux jeunes des localités riveraines qui est mise en cause par le CODEN. Tous recrutés comme ouvriers agricoles dans les catégories professionnelles les plus basses, la très grande majorité d’entre eux occupent un poste saisonnier qui ne couvre même pas la moitié de l’année et se retrouvent systématiquement au chômage une fois la campagne terminée. Cet emploi précaire constitue la seule alternative que la Sosucam est donc en mesure de proposer aux jeunes dont les terres ont été spoliées.
Comme toute entreprise agro – industrielle, la SOSUCAM est consciente des risques qui peuvent exister à certains postes et met en œuvre une politique de maîtrise de ces risques. Elle rend notamment obligatoire le port des Equipements de Protection Individuelle (EPI) à tous les postes de travail concernés, que ce soit à la Culture, au Parc ou à l’Usine. Des Equipements de Protection Individuelle (EPI) sont effectivement distribués aux ouvriers, une fois par an… Or la nature de leur travail (très physique) et l’environnement dans lequel ils évoluent (la canne à sucre, très coupante, lacère les vêtements) font que les EPI sont très vite rendus inutilisables. De plus, les ouvriers se retrouvent souvent obligés de vendre ces équipements pour compléter leurs salaires de misère. La première conséquence serait certainement des coûts supplémentaires pour la Sosucam. Comme le démontrent certaines études sur le travail mécanique de la canne à sucre, la mécanisation de la production exige des dépenses bien supérieures à l’emploi d’une main d’œuvre manuelle.
Par ailleurs, l’entreprise prend en charge 75% des frais médicaux des employés et de leur famille et met à disposition des salariés deux centres médico-chirurgicaux les mieux équipés de la région. (Bien qu’ils soient réservés en priorité aux travailleurs et à leurs familles, les cas d’urgence sont traités gratuitement envers toute personne qui se présente) Le CODEN considère ces propos « mensongers » et en totale contradiction avec les témoignages des populations locales. Un sondage auprès des habitants de Ndo permettrait rapidement de rendre compte des difficultés d’accès aux soins auxquelles ils sont confrontés.
La SOSUCAM soutient les initiatives villageoises en mettant à leur disposition des engins et en faisant don de matériels agricoles auprès des collectivités qui en font la demande et qui sont reconnues comme sérieuses. Concernant le développement de l’élevage, la SOSUCAM ne pourrait en aucun cas être accusée d’empêcher son développement puisque cela permettrait de mettre en place des débouchés pour ses co-produits qu’elle valorise peu aujourd’hui. Le CODEN, Peuples Solidaires et les Amis de la Terre sont surpris d’apprendre que certaines collectivités sont moins sérieuses que d’autres et seraient curieux de connaitre les critères qui permettent d’établir un tel jugement. Les terres sur lesquelles les éleveurs faisaient paitre leur bétail ayant été réquisitionnées, ceux-ci se sont vu contraints de changer leurs pratiques pastorales traditionnelles. L’élevage intensif en enclos leur a donc été imposé sans aucune prise en considération de leur culture.
Contrairement à ce qui est affirmé dans l’Appel de Peuples Solidaires, la SOSUCAM appuie les villageois dans le développement de leur activités en : Enfin, des missions sanitaires sont organisées et/ou mises en place auprès des salariés et populations environnantes : Depuis son installation dans la région de la Haute-Sanaga, la Sosucam a érigé des barrières sociales et économiques mais également spatiales. Les plantations de cannes à sucre sont juxtaposées aux habitations. Les routes qui relient les villages aux villes passent de facto par les exploitations de la Sosucam. Des barrages sont tenus par les agents de la Sosucam sur ces routes, décourageant la circulation des habitants et le transport des marchandises. Cet isolement rend encore plus difficile le développement des communautés de Ndo et participe de la misère dans laquelle les habitants sont contraints de vivre. En 2005, les autorités de la Sosucam sont allées jusqu’à bloquer délibérément les travaux d’électrification de l’arrondissement de Ndo.
En septembre 2010, 44 tables bancs auraient été distribuées aux écoles de Ndo et de Biboto. Le CODEN, Peuples Solidaires et les Amis de la Terre sont étonnés de constater que la Somdiaa puisse faire valoir une contribution aussi dérisoire à l’éducation des enfants de la région qui, de surcroit, arrive 45 ans après le premier accaparement de terre en 1965. Les cinq instituteurs que la Sosucam prétend payer dans des écoles de Nkoteng, Ebometendé, Ndo, Biboto et Simbane perçoivent 30 euros par mois. Cette somme ne suffit pas à faire vivre un ménage. Il en est de même pour les 500 feuilles de tôles offertes par la Sosucam avec lesquelles il ne sera possible de construire qu’un nombre très limité d’abris. Cette distribution risque en outre de déclencher des conflits entre les bénéficiaires et non bénéficiaires, menaçant ainsi la paix sociale des villages. Enfin, les mesures de santé prises par la Sosucam sont inaccessibles et donc inefficaces. D’une part, les villageois ne sont pas informés que de tels services existent et d’autre part, leur niveau de vie ne leur permet pas de payer une consultation coûtant environ 8 euros. En cas de problème de santé, la majorité des villageois se rend à l’hôpital communal ou au centre de santé baptiste de Nkoteng.
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