Peuples Solidaires a réalisé un sondage auprès d’un panel représentatif de la population française. Certains résultats peuvent être surprenants, mais la plupart sont très encourageants. Nous retiendrons cinq enseignements principaux.
Le secteur du jouet ne connaît pas la crise ! Un Français sur deux (52%) achète des jouets dans l’année ou prévoit d’en acheter dans les six prochains mois. Malgré la crise, le niveau d’achat ne faiblit pas puisque le sondage réalisé par Peuples Solidaires en 2009 montrait qu’ils-elles étaient déjà 51% à acheter des jouets.
Malgré tout, les Français-ses ont conscience du problème des conditions de travail dans la filière du jouet. Plus des trois-quarts d’entre elles-eux savent que la grande majorité des jouets vendus en France sont fabriqués à l’étranger et qu’il existe de réels problèmes de conditions de production dans ce secteur. Cette prise de conscience est due à une meilleure visibilité du problème dans l’espace public. Sans nul doute attribuable aux médias (biais par lequel 93% des Français-ses en a entendu parlé), mais encore à la campagne de sensibilisation « C’est pas du jeu », la seule en France et en Europe à sensibiliser les journalistes et informer le public sur ce sujet !
Pourtant, 64% des Français-ses n’ont pas le sentiment d’être mieux informé-es qu’auparavant. Et 83% d’entres elles-eux déclarent souhaiter en savoir davantage sur les conditions de production des jouets qu’ils-elles achètent. Comment expliquer cette soif de savoir, alors qu’ils-elles ont globalement une connaissance très satisfaisante du problème ? Selon Peuples Solidaires, l’opacité des entreprises en est pour beaucoup dans ce sentiment d’être moins bien informé-es, la grande majorité des entreprises refusant de révéler l’identité de leurs sous-traitants et fournisseurs et de se montrer transparentes quant à leur politique d’approvisionnement (prix d’achat, coûts intermédiaires, délais…). Une opacité qu’elles cachent derrière la multiplication d’engagements dits « éthiques » (Codes de bonne conduite, chartes, adhésion au CARE process de la Fédération internationale des jouets etc.). Pourtant, ces engagements ne sont ni contrôlés de manière indépendante, ni appliqués de manière transparente. Mais les choses peuvent changer.
57% des Français-ses se déclarent prêt-e-s à acheter leurs jouets plus chers s’ils-elles ont la garantie qu’ils ont été fabriqués de manière éthique. Face aux entreprises du jouet qui prétendent qu’une production éthique coûterait plus cher, et qu’elle mettrait à mal leur position concurrentielle sur le marché, ce chiffre est sans appel. Il montre qu’il existe une attente forte de la part des consommateurs et des consommatrices. Et qu’une entreprise qui proposerait des jouets éthiques bénéficierait sans nul doute d’un avantage de poids dans le secteur.
Ces enseignements sont très encourageants. Ils nous incitent plus que jamais à persévérer afin de rendre toujours plus visibles ces violations de droits contre lesquelles Peuples Solidaires se bat.
Un dernier enseignement tiré du sondage : la surreprésentation des femmes d’un bout à l’autre de la chaîne
Dans la filière du jouet, si la majorité des consommateurs sont des consommatrices, la majorité des ouvriers sont des ouvrières. Du côté de la consommation, les femmes sont beaucoup plus nombreuses à acheter des jouets que ne le sont les hommes. Cette différence est signifiante, car elle rappelle comment la répartition sociale des tâches reste sexuée, y compris en France, les femmes héritant dans la majorité des cas des tâches domestiques et de la responsabilité des enfants qu’on leur assigne socialement.
En amont de la chaîne, du côté de la production cette fois-ci, c’est 80% de la main d’œuvre de l’industrie du jouet en Chine qui est composée de femmes migrantes âgées de 15 à 30 ans. Les usines profitent de cette main d’œuvre bon marché et facilement exploitable pour limiter leurs dépenses. Elles s’appuient sur une construction sociale des sexes inégalitaire, où les femmes ont moins accès à l’éducation et peuvent donc plus difficilement faire valoir leurs droits.
Bien qu’il n’existe pas de lien direct entre ces deux réalités, elles mettent toutes les deux en lumière les inégalités femmes-hommes induites par une répartition « genrée » des tâches et des rôles, mais aussi de l’accès aux droits.








