Appels urgents

Indonésie – Adidas : un sponsor qui ne tient pas ses promesses ?

Adidas dépense des millions d’euros pour sponsoriser certains athlètes. Mais en Indonésie, la marque aux trois bandes ne tient pas toutes ses promesses. Soutenez les revendications de Peuples Solidaires et exigez qu’Adidas tienne ses promesses : signez la lettre adressée à Herbert Hainer, son Président Directeur Général.

PT Spotec et PT Dong Joe : encore des travailleurs sans emploi

En novembre 2006, les 6 179 employés de PT Spotec et les 4 500 ouvriers de PT Dong Joe, deux fournisseurs d’Adidas en Indonésie, se retrouvent soudainement sans emploi après la décision de leurs employeurs de mettre la clef sous la porte. Selon les syndicats, ces fermetures sont en réalité le résultat des pratiques d’achat de la multinationale qui exerce une pression telle sur ses fournisseurs (qualité, rapidité, flexibilité et bas prix), que ceux-ci se retrouvent dans l’impossibilité de répondre à la fois aux exigences de la marque et de garantir des conditions de travail décentes à leurs employés. Dans le cas de PT Spotec et de PT Dong Joe, cette pression a conduit à la faillite.

En avril 2008, Peuples Solidaires et le collectif Ethique sur l’Etiquette lancent un Appel Urgent demandant à Adidas de veiller à ce que les travailleurs licenciés soient embauchés par d’autres fournisseurs d’Adidas en Indonésie, une attention particulière étant exigée à l’égard des travailleurs syndiqués afin qu’ils ne subissent aucune discrimination (Cf. Appel Urgent n°117 « Adidas: des baskets à quel prix? »)

En février 2009, Adidas s’engage à faire en sorte que les travailleurs de PT Spotec, y compris les syndicalistes, soient embauchés prioritairement au sein de l’usine de Ching Luh, basée sur le site de l’ancienne usine PT Spotec. Aujourd’hui, 1400 ouvriers ont retrouvé un emploi sur ce site, dont un certain nombre de responsables syndicaux.

Nous saluons ces progrès mais demeurons cependant inquiets du devenir des travailleurs qui demeurent hui sans emploi. La situation d’anciens syndicalistes qui travaillaient chez PT Spotec est particulièrement préoccupante. Après 10 candidatures refusées, M. Agus Santosa, M. Heri Kurniawan, M. Syaiful et M. Suhardi sont manifestement victimes de discrimination syndicale dans leur démarche auprès de Ching Luh. Le processus de recrutement mis en place par la direction de Ching Luh n’est aujourd’hui ni transparent ni équitable.

Panarub: discrimination syndicale à l’embauche

L’usine de Panarub, autre fournisseur de Adidas basé non loin de Jakarta, emploie plus de 10 000 travailleurs, dont la plupart sont des femmes.

En octobre 2005, 33 ouvriers de Panarub sont licenciés après avoir participé à une grève organisée légalement et visant à réclamer de meilleurs salaires pour l’ensemble des travailleurs de l’usine.

Les travailleurs étaient alors payés 40 voire 35 centimes d’euros  par heure tandis que parallèlement le coût de la vie augmentait dramatiquement en Indonésie. Une mobilisation internationale a là aussi été lancée afin que les 33 grévistes  soient réintégrés dans l’usine. Adidas s’était là encore engagé à veiller sur la réintégration de ces ouvriers dans leur usine. Après plus d’un an de mobilisation, le 23 avril 2007, les 33 ouvriers ont été contraints d’accepter d’être licenciés et de toucher ainsi les indemnités de licenciement proposées, leur situation économique ne leur permettant plus de rester mobilisés.

Bien que le niveau des indemnités soit acceptable, cette issue ne permet en aucun cas d’améliorer les conditions de travail au sein de Panarub, ni de garantir le respect du droit des travailleurs à s’organiser pour défendre leurs droits.

Cependant, en juin 2009, le syndicat Perbupas, à l’origine du mouvement de grève de 2005, a pu se reconstituer au sein de l’usine, sous le nom de SBGTS, et compte actuellement 2000 membres. Les ouvriers peuvent désormais s’organiser au sein du SGBTS ou un autre syndicat de l’usine afin de réclamer une augmentation de leur salaire et de meilleures conditions de travail.

Monsieur Suparjo témoigne

Encore une fois, nous saluons les progrès accomplis mais continuons d’exiger d’Adidas que l’entreprise tienne ses promesses et que soit proposé un poste à chacun des 33 ouvriers  abusivement licenciés en 2005. A l’instar des travailleurs de PT Spotec, certains d’entre eux, dont M. Hamdani, M. Suparjo et M. Suwandi, ont également postulé auprès de Ching Luh mais se sont vu refuser un entretien au prétexte que leurs dossiers s’étaient « perdus au cours de la procédure », que leurs candidatures leurs étaient parvenues trop tard, ou que  certains critères confidentiels n’étaient pas satisfaits.

Sur le blog de la campagne internationale pour le respect des droits des travailleurs lancée à l’encontre d’Adidas, M. Suparjo raconte : « Au début de cette année, j’ai finalement reçu une convocation de la direction de Ching Luh m’invitant à passer un test de recrutement. L’employé qui était chargé de contrôler mon test faisait partie de la direction de Panarub. J’ai reçu une énième réponse négative et ai été invité à formuler une nouvelle candidature, comme à chaque fois que je postule ».

Une injustice d’autant plus criante que Ching Luh recrute parallèlement et ouvertement des personnes bien moins expérimentées.

Adidas doit tenir ses promesses

Ces travailleurs se retrouvent aujourd’hui sans emploi après avoir passé huit années de leur vie à fabriquer des chaussures pour Adidas. Démontrer la volonté d’Adidas de respecter la liberté syndicale exige que leurs candidatures soient étudiées objectivement et équitablement par tous les fournisseurs d’Adidas en Indonésie.

Peuples Solidaires, le collectif Ethique sur l’Etiquette et Oxfam Australie exhortent Adidas à:

  • Tenir ses promesses. S’assurer que chacune des candidatures mentionnées ci-dessous fassent l’objet d’un processus de recrutement transparent basé sur des critères objectifs et ce, le plus rapidement possible.
  • Garantir un processus de recrutement équitable. S’assurer que tous les fournisseurs d’Adidas, dont Ching Luh, mettent en œuvre un processus de recrutement équitable et transparent, qui permette d’étudier toutes les candidatures selon des critères objectifs et appropriés.
  • Respecter la liberté syndicale. Garantir au sein de tous les fournisseurs d’Adidas le droit de former des syndicats et la liberté de négociation collective
  • Garantir un salaire décent. S’assurer que les salaires des travailleurs embauchés à temps plein permettent au minimum de satisfaire leurs besoins fondamentaux et ceux de leur famille.
  • Promouvoir des relations commerciales avec des usines qui respectent les droits des travailleurs. Veiller à ce que les fournisseurs d’Adidas respectent les droits de l’Homme au travail et le propre code de conduite de l’entreprise.




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